N 7- Décembre 2003

Salon de l’éducation, édition 2003 par Alain Dupuis

 


Bref passage à Educatec où la Technologie « Collège » semblait dans l’ombre. Beaucoup de systèmes automatisés, l’apparition de robots…mais pour l’essentiel à destination des lycées.
La Camif exposait les grands classiques du thermoformage (équipements que l’on retrouve sur le catalogue Polydis) et deux commandes numériques de marque Sigea.
Du nouveau chez Charlyrobot avec une CN A4 aux courses légèrement supérieures et surtout un bati en acier conçu pour une meilleure rigidité et l’usinage en 3D dans les alliages d’aluminium : cible visée l’option ISI de seconde.
Du coté du virtuel, la modélisation 3D serait l’affaire de « Solidworks » qui nous assure que c’est simple ! Pour l’usinage de prototypes en 3D par stratoconception, Charlyrobot commercialise « Virturéel » simple et plutôt bien adapté mais qui nécessite un dessin de l’objet en 3D. Les outils de création 3D testés sont à mon avis et pour l’instant destinés à l’usage du professeur ou pour une utilisation sous forme d’un TP très dirigé, à suivre…
Jeulin conforte sa place sur le marché des automatismes modulaires avec le produit « Sam » : convoyeur, plateau tournant, manipulateur… l’ensemble constituant différentes chaînes fonctionnelles à disposer sur un table aimantée. Deux commandes numériques, une maquette d’écluse et un échantillon de produits venaient compléter le stand. A noter la toute dernière Interface sur port Usb.

Puis une halte préméditée au forum organisé par « la ligue de l’enseignement avec la FCPE et Education et Avenir » sur le Thème générique de «l’école que nous voulons » :
« La culture technologique, un élément de la culture de tous dans le système scolaire »
Avec Philippe Joutard (Président du groupe d’experts Technologie), historien et professeur des hautes études en sciences sociales, conférence animée par Jean-François Delporte, Education et Avenir.
M Joutard présente l’intérêt de l’éducation technologique qui doit être une culture pour tous les élèves, dans un monde de plus en plus technique : « c’est un enjeu décisif » pour la société, pour éviter un monde qui serait dominé par la technique.
La discipline « technologie », de par son passé « colle » encore trop à l’image d’un enseignement réservé aux élèves en difficultés. Certes de par sa démarche pédagogique, elle peut permettre de « sauver » des élèves en difficultés mais ce ne peut être qu’une partie de sa mission. Elle souffre certainement aussi de l’ancienne image liée à l’enseignement des travaux manuels, son enseignement ne peut se limiter à l’analyse ou à la fabrication d’objets.
Les Tic (Technologie de l’information et de la communication) ont certainement contribué à la valorisation de la discipline mais elles pénètrent davantage les autres matières. La Technologie doit maintenant s’ancrer sur la dimension capitale d’une éducation technologique pour tous.
Face à cette méconnaissance de la richesse des apprentissages, qu’est-ce que la démarche technologique ? C’est une démarche de projet (cité à plusieurs reprises par M Joutard durant cette conférence) et la pédagogie de l’action, ce n’est pas que de l’analyse.
M Joutard cite les grandes étapes du cycle de vie d’un produit (référence à une petite entreprise) et précise que toute la démarche ne peut ni ne doit être vue dès la sixième mais plus progressivement à partir de la 4ème sous forme de scénarios ; c’est la mise en oeuvre de projets où les élèves réalisent un produit ou un service sur des besoins réels identifiés dans l’environnement du collège : une école, ou en liaison avec une entreprise ou un lycée.
En variant les sujets, la démarche technologique développe des compétences dans les domaines de la créativité, de l’intelligence artistique (du design), de l’autonomie, de l’initiative… Elle favorise une éducation aux choix, la connaissance de la diversité des métiers, de la dimension historique des objets. Elle fait la synthèse et renforce le sens qui est donné aux autres enseignements, elle apprend la complexité du monde, la démocratie (travail en équipe).
Des expressions fortes :
« Enseignement de toute la société »
« Culture technologique, enjeu décisif »
« Il est impossible de séparer technologie et démarche de projet »
« Il faut le vivre »
Deux questions ont retenu mon attention :
Q1 : d’un parent d’élève : « ce que vous venez de décrire pour la technologie ne doit pas se limiter à un enseignement en collège mais être mis en place dès la maternelle et jusqu’au lycée »
M Joutard : cet enseignement est présent indirectement lors des nombreuses réalisations manuelles des petits de maternelle, par une pédagogie de l’action. Puis à partir du cycle 2 au programme du primaire. Effectivement il ne se poursuit pas au lycée, d’ailleurs il n’y a pas d’agrégation de technologie.
Q2 : d’une jeune collègue de technologie : Qu’est- ce qui va changer dans les programmes ?
M Joutard : Il n’est pas question d’une rupture trop forte qui serait néfaste à la discipline mais plutôt d’une évolution des programmes dans un souci de continuité, les apprentissages liés aux technologies de l’information seraient mis en œuvres dans le cadre des enseignements sur projet.
Les orientations présentées par Monsieur Joutard sont tout à fait dans l’esprit dans lequel nous nous efforçons d’enseigner la technologie. Qu’en sera-t-il de la suite donnée par le Ministre ? Sur le fond et sur sa mise en œuvre bien sûr ?